February 20, 2015 - admin

Appel à communication du GT46

Congrès de l’AFS
La sociologie, une science contre nature ?
Université Versailles Saint-Quentin-en-Yvenlines
29 juin – 2 juillet 2015

 

 

 Nouvelle date d’envoi des propositions : 9 février 2015 

L’ordre naturel des « besoins » en formation et en certification.
Du registre de la nécessité à la construction de nouveaux marchés

 

L’appel aux « besoins » en formation fait partie de la doxa des politiques d’éducation et de formation françaises et européennes, qui expliquent volontiers les problèmes d’emploi et de chômage par des désajustements entre offre et demande de travail. Les dysfonctionnements du système d’éducation, l’efficacité insuffisante du système de formation continue comme du système d’orientation, le manque de compétences des individus ou leur inadaptation aux évolutions du travail alimentent une rhétorique assez stable, qui insiste sur la nécessité de mieux mettre en adéquation éducation-formation et travail-emploi. Les besoins de l’économie, du pays, des territoires, des entreprises… jusqu’aux individus, devraient ainsi être mieux identifiés, répertoriés, pour trouver des réponses satisfaisantes et profitables à tous. La création d’observatoires de prospective des métiers, imposée aux branches professionnelles par la loi de 2004 relative à la formation professionnelle tout au long de la vie et au dialogue social, et l’obligation faite aux entreprises de mettre en œuvre la gestion prévisionnelle des emplois et des compétences (GPEC), s’intègrent également dans cette quête institutionnalisée de réponses à des besoins en formation et en compétences. Pour les individus, censés devenir acteurs de leur parcours professionnel et social, c’est l’employabilité qui est en jeu. S’il possède de nouveaux droits pour l’entretenir et conserver ainsi une place sur le marché du travail, il doit aussi être capable d’assurer une veille permanente sur les évolutions du travail (cf. l’article L6314-1 du Code du travail). Dans les entreprises et les organismes de formation, l’analyse des besoins fait partie depuis une quarantaine d’années des outils mobilisés par l’ingénierie de formation et la gestion des ressources humaines. Pourtant, malgré cet investissement de longue date et l’influence de la théorie du capital humain dans les discours et les textes institutionnels, l’échec des prévisions est remarquable et les inégalités sociales d’accès à la formation (entre catégories socioprofessionnelles, hommes et femmes, secteurs d’activités, type d’employeurs etc.) résistent. Dans la formation initiale, à tous les niveaux de formation, les besoins des individus et des entreprises sont également de plus en plus souvent mobilisés pour justifier l’émergence de nouveaux dispositifs et la mise en œuvre de réformes, officiellement destinés à améliorer l’orientation et l’enseignement au profit de l’insertion dans la vie active. La promotion de l’apprentissage, le développement de la professionnalisation de l’enseignement supérieur, la place croissante accordée au projet personnel et professionnel dans les cursus de formation s’inscrivent aussi dans cet objectif.

Non seulement la conception adéquationniste des relations entre formation et emploi n’a connu aucun fléchissement, en dépit de tous les travaux qui ont montré qu’une telle adéquation n’était ni possible ni souhaitable, mais elle a même pris depuis quelques années un nouvel élan au nom de la nécessité de certifier le plus grand nombre possible de compétences pour sécuriser les parcours professionnels des individus tout en les rendant plus mobiles. Pour la Commission européenne et le Conseil européen, le décrochage scolaire et l’absence de certification (des jeunes qui entrent sur le marché du travail comme des adultes expérimentés) constituent deux problèmes majeurs. Répondre aux difficultés économiques que subit l’Europe passerait par conséquent par « l’équipement » d’individus à forts besoins, équipement constitué de droits, de formations et de certifications acquises par la formation formelle, informelle ou non formelle. La France n’est pas en reste et propose de conduire 50 % d’une classe d’âge à la licence, « besoin » dont elle n’a pas établi l’origine, tout en affirmant vouloir réduire le nombre des décrocheurs, terme qui s’applique désormais aussi aux sortants sans diplôme de l’enseignement supérieur. Depuis la loi du 5 mars 2014 relative à la formation professionnelle, le découpage des diplômes et des titres en « blocs de compétences », susceptibles d’être acquis via le compte personnel de formation, est par ailleurs à l’ordre du jour. Pour répondre à ces nouvelles exigences, un marché des certifications et en train de se développer. Il concerne aussi bien les universités, les institutions publiques, les branches professionnelles avec leurs certificats de qualification professionnelle… que les organismes de formation privés et les écoles professionnelles. Différents certificats s’ajoutent ainsi aux diplômes d’ingénieur, de médecine, les certifications d’entreprises se répandent et les diplômes d’université sont légion (le coaching y occupe par exemple une place notable). La puissance publique joue un rôle notable dans la constitution et la légitimation de ce marché.

Le registre des besoins s’avère ainsi particulièrement extensible et plastique, tout en bénéficiant d’un allant de soi qui tend à disqualifier a priori les approches critiques. Il invite à la déconstruction et à différentes propositions d’élucidation, susceptibles de concerner les multiples espaces sociaux dans lesquels il semble régner. Comment sont identifiés, définis, répertoriés… ces différents besoins et les manques qu’ils sont censés combler ? Qui est habilité à les formuler ? Quelles sont les opérations qui les font advenir, reconnaître et suscitent des réponses ? Comment sont-ils mesurés, hiérarchisés et traduits en pratique ? Comment interviennent les transformations du travail, l’émergence de « nouvelles » compétences, les appels à la « professionnalisation » ? Dans les entreprises, les supérieurs hiérarchiques jouent-ils un rôle prépondérant dans cette définition ? L’expression volontaire des salariés est-elle sollicitée ? De quelle manière ? Quelle est l’importance des professionnels de la formation dans la définition de ces besoins et leur légitimation ? De quelle(s) nature(s) sont ces « besoins » ? Quels sont les effets de ces appels aux besoins ? Quels sont en particulier les conséquences de cette rhétorique sur l’accès à la formation, sur les contenus de formation, aussi bien que sur la définition des diplômes et des certifications et sur leur modularisation ?

Ces questions appellent une ethnographie de la construction des décisions qui participent à la reconnaissance des besoins et à la mise en œuvre des réponses qu’ils génèrent. Les approches peuvent cependant être multiples. Les propositions de communication peuvent s’inscrire dans différentes perspectives ets’intéresser aussi bien aux acteurs qu’aux politiques, dans leurs différentes déclinaisons (européenne, nationale, régionale, locale), aux différents niveaux d’enseignement, aux différents publics (formation scolaire, apprentissage, formation continue des salariés et des demandeurs d’emploi). Des approches socio-historiques des politiques d’éducation et de formation sont attendues.

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